Certaines parties de ce texte ont été publiées initialement dans le cadre de notre portrait d’entraîneur pour Paris 2024.
Lorsqu’il était jeune, Greg Arkhurst a un jour dit à sa mère blanche qu’il aimait qu’elle reste près de lui afin de se sentir davantage accepté par les autres.
« Elle a pleuré et ri en même temps », a raconté l’entraîneur-chef du club CAMO de Montréal avant les Jeux olympiques de Paris 2024.
« Elle m’a dit que les gens allaient m’accepter parce que j’avais une bonne éducation, qu’ils allaient m’accepter parce que je coopérais. Ils allaient m’accepter parce que j’étais travaillant. »
Arkhurst a parcouru un chemin remarquable, passant de la natation dans un lagon de son pays natal, la Côte d’Ivoire, à une participation à deux Jeux olympiques, puis à son immigration au Canada et à sa nomination comme entraîneur-chef de l’un des meilleurs clubs de natation au pays.
En 2024, il est devenu le premier entraîneur noir nommé au personnel d’entraînement olympique de Natation Canada. Il est ensuite devenu le premier entraîneur noir à recevoir le titre d’Entraîneur de l’année de Natation Canada pour le programme olympique.
L’été dernier, Arkhurst a mené Mary-Sophie Harvey à une médaille de bronze au 200 m quatre nages individuel lors des Championnats du monde de World Aquatics 2025 à Singapour.
Pour avoir guidé Harvey vers sa première médaille individuelle aux Championnats du monde de World Aquatics, Natation Canada a nommé Arkhurst Entraîneur de l’année – Programme olympique pour une deuxième année consécutive.
« Je ne vois pas des personnes blanches autour de moi, je vois des êtres humains », a déclaré Arkhurst dans une entrevue avec Natation Canada. « Je vois tous les entraîneurs faire le même travail.
« Pour moi, comme homme noir, ce dont je suis vraiment fier, c’est d’avoir été inspiré par beaucoup de personnes de ma couleur de peau pour accomplir ce que je réalise aujourd’hui. Si je peux inspirer des entraîneurs issus de l’immigration ou noirs, j’en serai plus que heureux. »
Les obstacles et la discrimination auxquels il a été confronté ont façonné l’homme qu’il est aujourd’hui.
« Pour moi, c’est un carburant », disait-il avant Paris. « Il y a des gens qui n’aiment pas les personnes noires ou les personnes immigrantes. Honnêtement, ça m’est égal. Ça te forge. Je suis fier de mes origines. Je suis fier de mon histoire.
« Avoir traversé autant d’expériences différentes dans ma vie m’a aidé à devenir l’homme que je suis et à connecter avec les athlètes, à leur dire d’être résilients. Ça m’a façonné, parce que rien ne m’a jamais été facile. »
Sa nomination au personnel d’entraînement olympique de Natation Canada pour Paris représentait à la fois un honneur et une reconnaissance de son parcours.
« Gravir les échelons comme je l’ai fait dans ma carrière… j’en suis extrêmement fier », a-t-il affirmé. « Je connais très peu d’entraîneurs qui ont réussi à se rendre là. C’est un honneur pour moi. »
Harvey, qui s’entraîne au CAMO, attribue à Arkhurst le renouveau de sa carrière. Elle a terminé quatrième au 200 m nage libre aux Jeux olympiques de Paris, où elle a également pris part à trois relais qui ont tous terminé au quatrième rang.
« Quand j’ai commencé avec Greg, j’étais un peu perdue quant à ce que je pouvais encore accomplir en natation », disait Harvey avant Paris. « Je pensais que mes meilleures années étaient derrière moi. Il m’a fait croire que ce n’était pas fini et que je pouvais encore accomplir des choses dont je serais fière.
« J’ai bien fait de lui faire confiance. Nous avons une très belle relation. J’ai entièrement confiance en lui et il me fait confiance. C’est pour ça que ça va si bien en ce moment. Je suis contente d’avoir continué à nager, parce que je pense que mes meilleures années sont encore devant moi. »
En grandissant en Côte d’Ivoire, un ami de la famille qui nageait avec Arkhurst dans un lagon l’a convaincu qu’il pouvait devenir compétiteur.
Il s’est joint à un club local et prenait l’autobus deux fois par semaine pour s’entraîner. Il s’entraînait dans une piscine de 25 mètres et parfois dans des piscines d’hôtel.
Ses parents ont divorcé lorsqu’il avait 13 ans et Arkhurst a déménagé à Paris, où il a poursuivi sa carrière de nageur.
Il a obtenu son diplôme d’entraîneur en France, puis a immigré à Montréal, où il a rencontré Claude St-Jean, alors entraîneur-chef du CAMO, en 2001. Il a représenté la Côte d’Ivoire aux Jeux olympiques de 2004, puis a pris sa retraite après les Championnats du monde de la FINA 2005 à Montréal.
Il s’est joint à un petit club appelé Blue Machine à Saint-Lambert, au Québec, avant de retourner au CAMO en 2009.
Arkhurst ne ressent aucune pression à agir comme modèle pour d’autres entraîneurs issus de minorités.
« Pas du tout », dit-il. « Si je peux inspirer des gens, j’en suis heureux. »
Il garde également son rôle d’entraîneur de natation en perspective.
« Au fond, on fait juste de la natation », a-t-il lancé en riant. « On ne sauve pas des vies. Je ne suis pas pompier ou quoi que ce soit. Je suis simplement quelqu’un qui aime ce qu’il fait et qui essaie d’aider les nageurs et nageuses à s’améliorer tout en apprenant avec eux.
« Je pense que ça va dans les deux sens. Avoir cette humilité-là, c’est vraiment important. »