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Jacky Beckford Henriques et Karin Browne travaillent à faire tomber les barrières pour les nageurs et nageuses noirs

Publié 2026-02-18

Lorsque Jacky Beckford Henriques balaie du regard le bassin pendant une compétition de groupes d’âge, elle estime qu’elle est chanceuse s’il y a cinq nageurs ou nageuses noirs parmi les 400 ou 500 participants.

« Je vais être très franche », a déclaré Beckford Henriques, née en Jamaïque et entraîneure-chef de l’équipe de natation de l’Université de Waterloo. « En 12 ans ici, ce chiffre n’a pas changé. »

Karin Browne, entraîneure adjointe de l’équipe universitaire de Waterloo, se souvient de ce que cela représentait d’être la seule personne noire dans l’eau lors des séances d’entraînement.

« On est beaucoup plus conscient(e) de soi », explique Browne, née au Costa Rica et représentante d’Antigua-et-Barbuda aux Jeux olympiques d’été de Londres en 2012. « On finit par faire abstraction de tout ça, parce qu’on n’a pas vraiment le choix.

« Je vais être honnête. Parfois, c’est difficile de créer des liens avec les autres, parce qu’il n’y a pas cette similarité qui permet de se connecter, surtout quand on vient d’un pays en développement alors que beaucoup d’autres viennent d’Amérique du Nord ou d’Europe. »

Beckford Henriques et Browne tentent de faire tomber les obstacles et d’augmenter la participation des personnes noires à tous les niveaux de la natation au Canada.

L’économie et la culture constituent des barrières qui empêchent certaines personnes noires de pratiquer la natation, explique Beckford Henriques, qui a entraîné l’équipe olympique jamaïcaine aux Jeux de 2000, 2004 et 2008.

« Dans plusieurs pays en développement, il n’y a pas d’installations, et dans les pays développés, le coût de la natation est inabordable pour une grande partie de la population noire », dit-elle. « Ensuite, il y a la tradition. On peut remonter jusqu’à l’esclavage et au fait de ne pas savoir nager; cela a aussi eu une influence. »

Aux Jeux olympiques de Paris 2024, le Torontois Josh Liendo est devenu le premier Canadien noir à remporter une médaille olympique en décrochant l’argent au 100 m papillon.

Lors de ces mêmes Jeux, Greg Arkhurst, entraîneur-chef du club CAMO de Montréal, est devenu le premier entraîneur noir nommé au personnel olympique de Natation Canada. Arkhurst a été nommé Entraîneur de l’année du programme olympique de Natation Canada au cours des deux dernières années.

Selon Browne, avoir davantage d’entraîneurs noirs rendrait la natation « plus accueillante ». Mais pour cela, il faut d’abord plus de nageurs et nageuses noirs à la base.

« Les entraîneurs sur le bord du bassin doivent être plus accueillants et ne pas s’attendre à ce que tout le monde réagisse de la même façon », explique Browne.

« Ils doivent faire en sorte que les nageurs et nageuses présents se sentent bien et aient envie de continuer. Je vais être honnête : il arrive que certains entraîneurs ne portent pas attention, ne donnent pas la rétroaction qu’ils donneraient à quelqu’un d’autre. Comme dans n’importe quel sport, si, comme athlète, on a l’impression de ne pas recevoir ce qu’on devrait attendre de son entraîneur, pourquoi continuer? »

Browne et Beckford Henriques participent toutes deux à des programmes visant à encourager et à soutenir les nageurs et nageuses noirs.

À Waterloo, Browne a lancé Black Folx Swim, un programme d’apprentissage de la natation axé sur l’encouragement de la communauté noire à acquérir les habiletés nécessaires pour se sentir plus à l’aise dans l’eau.

« Mon objectif avec ce programme était de m’assurer que les personnes se présentent, se sentent bien et se sentent les bienvenues dans un espace où, traditionnellement, elles n’ont pas toujours été acceptées », explique-t-elle.

« Quand on parle à beaucoup de gens, ils disent que leur famille ne veut pas qu’ils apprennent à nager à cause d’une mauvaise expérience passée ou parce que ce n’était jamais un milieu accueillant. »

Encourager davantage de nageurs et nageuses noirs mène aussi à davantage de sauveteurs, d’instructeurs, d’entraîneurs adjoints et d’entraîneurs.

« Ça va prendre du temps, mais quand on commence à voir plus de personnes dans cet espace, je pense qu’on peut réellement faire progresser plus de nageurs et nageuses dans les rangs », affirme Browne.

Beckford Henriques est impliquée dans la Black Swimmers Alliance, un groupe de huit familles noires ayant des nageurs et nageuses dans différents clubs de la grande région de Toronto.

« Ils se sont regroupés pour se soutenir mutuellement », explique Beckford Henriques. « C’est très difficile pour eux, parce qu’il peut n’y avoir qu’un seul enfant noir dans un club. »

Beckford Henriques a contribué à mettre sur pied The Alliance, un groupe antiraciste à l’Université de Waterloo qui œuvre à sensibiliser la communauté à l’équité, à la diversité et à l’inclusion.

Elle est également membre du comité de Natation Ontario axé sur l’équité, la diversité et l’inclusion. Au sein de Sports universitaires de l’Ontario, elle siège au comité des personnes noires, bispirituelles et autochtones, qui travaille à favoriser l’inclusion et à éliminer le racisme dans le sport universitaire à l’échelle provinciale.

Beckford Henriques est la fille d’une mère anglaise blanche et d’un père jamaïcain noir. Elle a étudié à l’Université du Sussex en éducation physique et y a obtenu son brevet d’enseignement. Elle a ensuite suivi un programme de gestion des loisirs à l’Université du Michigan et est devenue enseignante en éducation physique en Jamaïque avant d’arriver au Canada en 2014.

Elle a été entraîneure adjointe à l’Université McMaster pendant trois ans, où elle attribue à l’entraîneur-chef Andrew Cole le mérite de l’avoir fait sentir la bienvenue, avant de devenir entraîneure-chef à Waterloo en 2017.

Beckford Henriques a entraîné l’équipe nationale jamaïcaine de 1984 à 2016. En plus de trois Jeux olympiques, elle a aussi accompagné l’équipe aux Championnats du monde, aux Jeux panaméricains et aux Jeux du Commonwealth.

Browne a passé sept ans au sein de l’équipe nationale d’Antigua-et-Barbuda. Elle a également travaillé pendant 10 ans comme instructrice et entraîneure de natation.

Arrivée au Canada il y a environ cinq ans, Browne a étudié à l’Université de Waterloo en loisirs et récréation, avec des intérêts de recherche axés sur le sport pour le développement et le sport communautaire dans les communautés minoritaires. Elle a été nommée entraîneure adjointe de l’équipe de natation en 2022.

Les deux femmes croient pouvoir faire une différence pour encourager davantage de nageurs et nageuses noirs au Canada.

« Bien sûr, il faut rester optimistes », affirme Beckford Henriques. « Je crois fermement que pour provoquer le changement, si chacun fait une chose, ça fait déjà beaucoup de choses accomplies. »

Pour Browne, sa simple présence sur le bord du bassin envoie un message.

« Je pense que le fait d’être là et d’être consciente de la façon dont je me présente, peu importe la couleur de ma peau », dit-elle. « C’est ce qui me motive. L’espoir de pouvoir changer la perception de quelqu’un, ou la façon dont une personne voit le monde, pour comprendre que nous méritons autant que tout le monde. »

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